Décès de Robert Holdstock

L’auteur du mythique La forêt des Mythagos est décédé ce dimanche 29 novembre à l’âge de 61 ans.

Même si son prochain roman (situé dans ce même fabuleux cycle) doit sortir en 2011 chez Denoël collection Lune d’Encre sous le titre d’Avilion, c’est un sale coup pour la littérature de l’imaginaire.

R.I.P

Au Tréfonds du Ciel – V. Vinge

(A deepness in the sky , 1999) – Vernor Vinge, Robert Laffont, collection Ailleurs & Demain ou Livre de Poche.

L’étoile Marche-Arrêt est une énigme : elle s’éteint pendant 215 ans puis se rallume pour 35 ans, et ce depuis des millénaires d’observations. Son unique planète est habitée par des araignées intelligentes qui viennent d’inventer la radio. Leurs signaux attirent deux expéditions interstellaires.
Tout d’abord, celle des Queng Ho, un peuple de négociants itinérants qui parcourent l’espace en vendant et en achetant de l’information technologique, transformant les civilisations rencontrées en Client, source de matières premières et de richesses.
Ensuite, celle des Émergents, issus d’une civilisation violente et sadique qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie, asservissant les sociétés et les individus pour assurer sa propre survie et l’accès à des ressources.
Enfin, les Araignées, en plein Age Industriel et prêtes à franchir le pas de l’Ere de l’Information, qui se retrouvent alors la cible des appétits carnassiers des deux civilisations interstellaires.

Les Faucheux vivent sur une planète qui orbite autour l’étoile OnOff. Soumise au cycle de celle-ci, leur société se tient à l’aube de sa révolution industrielle avec les chocs sociétaux que celle-ci laisse entrevoir. Leur technologie a été détecté par des factions interstellaires, et les premiers arrivés sur les lieux sont les Queng Ho, des négociants apôtres du capitalisme et de la diffusion de l’information. Arrive ensuite une faction plus jeune, celle des Emergents, qui s’appuie sur le totalitarisme et la technologie de Focalisation pour bénéficier d’un traitement de l’information démultiplié.

A Deepness in the sky nous invite à suivre les éléments impliqués de chacune de ces factions grâce à un panel resserré de personnages. Trinli, Traxia, Erz, Qiwi Thomas Nau et Underhill en sont les protagonistes principaux, et c’est à travers leur histoire que nous vivons l’affrontement entre les deux factions humaines, ainsi que  la prise de contact avec les indigènes.

Lorsque les antagonismes finissent par se cristalliser, ce petit monde hétérogène va devoir « cohabiter » au sein d’une dictature en huis-clos orbital, chaque société avancée se trouvant assiégée par l’autre et le cruel manque de ressources, tout en essayant de s’adapter au cycle particulier du système stellaire, et chacun cherchant à prendre le contrôle de la société planétaire. Laquelle n’est pas épargné par les troubles, car se trouvant à l’orée de l’âge de l’atome, avec des conséquences radicales quant à son rythme de fonctionnement.

Vernor Vinge nous plonge, avec ce gigantesque roman (pas loin de mille pages), dans un univers d’un grand réalisme étayé par le soin qu’il porte à chacune des sociétés impliquées. Elles sont dotées d’une épaisseur « historique » autant que technologique, et les histoires individuelles et les points de vue de certains des protagonistes forment des exemples édifiants des comportements moyens de chacune d’entre elles.

La précision apportée au fonctionnement des ces trois factions donnent naissance à l’un des autres points forts de l’ouvrage, qui réside dans l’approche du contact Humain-araignées : le contact linguistique est rendu complexe par la distance et les modes de communications à large spectre utilisées par les indigènes, et s’y ajoutent les contraintes idéologiques de part et d’autre.

Pour ceux qu’un récit au long court ne rebute pas, A Deepness in the sky se révèle être très bon roman, qui flirte avec la Hard-science et le Planet-opera : les intrigues multiples abordent le chocs de cultures, les écarts technologiques, oppositions individuelles et de conditions de survie extrêmes autour de l’étoile Marche-Arrêt.

On pourra regretter quelques petites imperfections, avec le côté parfois immature des Faucheux, et l’opposition trop radicale qui oppose les Queng Ho aux Emergents, mais l’impression de grandeur et d’amplitude qui se dégage de l’oeuvre rachète amplement ces quelques défauts…

Appréciation : ★★★★☆

La Saga du Roi Arthur – B. Cornwell

(A Novel of Arthur – 1995 à 1997) de Bernard Cornwell, chez Le Livre de Poche. Fiche de lecture originellement parue sur le site Serialmaster.

Bernard Cornwell nous propose de revivre par la Saga du Roi Arthur l’épopée du-dit roi légendaire, par le biais de trois Livres imposants, denses et écrits petits. Il s’agit de Le Roi de l’Hiver, de L’Ennemi de Dieu et de Excalibur. Le récit nous est livré par Derfel, un contemporain d’Arthur, pour le compte d’une noble qui souhaite consigner par écrit les événements ayant eut lieu du vivant de celui-ci.

Le Roi de l’Hiver (The Winter King – 1995) :

Au Vème siècle de notre ère, Rome s’est retirée de la Bretagne insulaire, la laissant seule face aux menaces qui l’entourent : Saxons et Angles venus du continent, Pictes venus du nord et Irlandais à l’ouest. Elle ne tient que grâce à l’unité fragile qu’impose le Roi des Rois, Uther Pendragon. Mais il est âgé, et son seul héritier n’est qu’un enfant né par une sombre nuit d’hiver, au beau milieu des disputes de moines chrétiens et de prêtres des Anciens Dieux. Pour le bien de son fils et de la Bretagne, Uther fait appel à Arthur, son fils illégitime, exilé en Bretagne continentale où il guerroie contre les hordes germaniques qui envahissent l’empire romain déliquescent.

L’Ennemi de Dieu (Ennemy of God – 1996) :

Arthur a tenu la promesse faite à feu son père Uther Pendragon : préserver la Bretagne pour qu’elle revienne à son fils légitime – et demi-frère d’Arthur, Mordred. Après la victoire de Lugg Vale, les Royaumes turbulents sont finalement unis sous son égide en attendant la majorité du futur Haut Roi. Mais les saxons et les Angles n’ont pas été rejeté, et se sont établis à l’est. Tandis qu’ils grondent et s’agitent le long des frontières, à l’intérieur, le Christianisme fait la guerre aux anciens Dieux et gagnent de jours en jours des adeptes aussi intolérants que leur foi est jeune.

Excalibur (Excalibur – 1997) :

Le mariage d’Arthur et de Guenièvre a fait naufrage, provocant une brèche dans la stabilité politique des Royaumes de Bretagne. Les saxons y voient une occasion de porter la guerre, tandis que Merlin et Nimue, en possession des Treize Objets de Bretagne, rèvent toujours de raviver la foi antique, alors que le Christianisme sort incontestablement gagnant des intrigues de la cour et de la menace extérieur.

Le narrateur
Ancien esclave Saxon recueilli par Merlin et élevé à Avalon, Derfel a vécu cette époque et la relate à une jeune noble qui vient le visiter dans sa retraite monastique. Derfel est l’ami de Nimue (dont il est aussi amoureux), la maîtresse et apprentie de Merlin. Il deviendra affranchi, puis guerrier – c’est-à-dire un homme libre – avant de finir sa vie cloitré. Son récit adopte la forme d’une chronique rédigée bien après les faits, sur le déclin de sa vie. Mais en tant que témoin privilégié des faits, son histoire possède la force et la vivacité du vécu.

Histoire et Légendaire Arthurien

L’une des forces de l’oeuvre réside dans le rapport étroit qu’elle entretient avec le Légendaire Arthurien et l’Histoire.

Le récit est centré sur les aspects politiques et religieux : diplomaties, croyances, complots, batailles forment la trame de l’histoire. Le style est plutôt réaliste, les combats violents, les comportements souvent emportés et cruels, loin de la bienséance chevaleresque. Il ne s’agit donc pas d’une épopée au sens traditionnel du terme, mais d’une chronique parsemée d’alliances et de trahisons sous couvert diplomatique, de mariages politiques, de basses vengeances et de coups bas, où la cruauté est un mode d’action implicite en ces temps de chaos et de recomposition. On sent au fil de la lecture que l’auteur a fourni un solide travail de recherche historique sur la période concernée, ce qui donne à cette chronique une forte authenticité Historique – même s’il ne s’agit que d’une énième revisitation du thème arthurien.

La recherche du martyr et l’intolérance des premiers chrétiens répond au chaos du paganisme dejà mis à mal par l’occupation romaine. Les tactiques de combat et les équipements authentiques de l’époque nous font découvrir les reliquats de l’organisation militaire romaine face aux charges furieuses des ethnies anglo-saxonnes. Les statuts et les rangs sont ainsi bien présentés, de même que les rivalités des royaumes de traditions celtes. Vous ne trouverez pas de chevaliers au sens classique du terme, mais une cavalerie lourde et peu nombreuse dont les origines remontent aux Auxiliaires (peut-être d’orgine Sarmates) envoyés au siècle précédent par Rome.

B. Cornwell récupère donc des figures légendaires et les intègre dans ce décor fouillé de fin et début de monde, solidement étayés par des éléments dont l’historicité est maintenant avérée, quoiqu’encore (et peut-être à jamais) incomplète. C’est un tour de force réussi, qui plonge les personnages mythiques tel Arthur, Lancelot, Guenievre, Morgane, Mordred ou Merlin dans le complexe écheveau de ce qui allait donner naissance à l’Angleterre. Le réalisme est d’autant plus fort qu’il s’appuie aussi sur la lutte des chrétiens contre les païens, et démontre les rouages politiques de l’implantation du monothéisme et ses conséquences.

Mais ce réalisme est habilement contre-balancé par l’influence des religions antérieurs, qu’elles soient autochtones ou importés par l’influence Romaine résiduelle. La magie est ainsi présente, mais relève plus des croyances de l’auditoire et de l’habilité du magicien que de la réalisation d’actes extra-ordinaires tirant leurs forces d’une réelle énergie extérieur. Elle repose sur des artifices qui visent les peurs et la crédulité de l’auditoire, basée sur une très bonne connaissance de la psyché de l’époque et un savoir-faire certain en matière d’effets de surprises arrivant au bon moment au bon endroit. Le Merveilleux s’en trouve évacué au profit de mises en scènes savantes qui s’enracinent dans le substrat païen des différentes ethnies. Elle n’en perds pas pour autant de son efficacité tant narrative que dans les faits, et adopte souvent la forme de mesures désespérées pour rendre aux Dieux leurs emprise d’antan.

Les Personnages sont attachants ou carrément déplaisants, avec une profondeur psychologique parfois un peu caricaturale – mais ceci-dit, pour des figures légendaires, difficile de faire autrement. Derfel, à la fois témoin et narrateur, reprends un peu trop à mon goût les gimmicks des autres « héros » du même auteur. On y retrouve la filiation plus ou moins illégitime avec un Puissant de l’époque, le côté combattant d’élite glissant vers la diplomatie. Arthur est conçu en tant que Dernier des Romains, tiraillé entre les influences celtiques, la cité romaine et la pression saxonne. Guenievre, Morgane et Nimue forment une triade féminine forte, et l’on pourrait y voir les trois aspects de la Déesse Celtique insulaire.

L’intervention de Lancelot au sein de l’intrigue se fait en-dehors du cadre classique de l’Amour Courtois, mais s’intègre à une trame à triple hélice : religieuse, politique et dramatique. La célèbre relation adultère acquiert ainsi un caractère totalement différent et autrement plus plausible et surtout moins mièvre. Il en va de même de l’histoire de Tristan et Iseult, d’une saisissante tristesse , mais totalement inscrite dans le contexte de cette période charnière qu’est la frontière floue de la fin de l’Antiquité et du Haut Moyen-âge.

Pour conclure, la Saga du Roi Arthur sonne juste dans ses détails et dans sa construction, et propose une relecture radicale du légendaire arthurien. Plaisante à lire, c’est quand même une oeuvre sombre, désespérée, en adéquation avec l’époque, qui vit fleurir des royaumes éphémères et sombrer le joyau décadent qu’était Rome, ainsi que les Royaumes Celtiques de la Bretagne Insulaire. Je la range délibérément dans la Dark-Fantasy, par son sujet et sa forme, et elle côtoie sans dépareiller les Chroniques de la Compagnie Noire.

Appréciation : ★★★½☆

Rainbows End – V. Vinge

(Rainbow’s End – 2006) de Vernor Vinge. Robert Laffont, collection Ailleurs & Demain.

Au milieu du XXIe siècle, la cybersphère a envahi l’univers. Robert Gu, le plus grand poète américain, a sombré quatre ans plus tôt dans la nuit de l’esprit. Grâce à un traitement miraculeux, il émerge de son Alzheimer. Et peut quitter la maison de retraite de Rainbows End. Mais il va lui falloir retourner à l’école, se familiariser avec ces machines à distiller de l’information dont il s’est toujours méfié. Et si possible retrouver son génie enfui. Or lui, qui a toujours tant aimé les livres, découvre un horrible projet, le Bibliotome : tout numériser au prix de la destruction physique de l’imprimé.
Ce n’est qu’un des moindres dangers qui menacent le monde comme le savent trop bien Bob, son fils, colonel des marines, et sa belle-fille Alice, agent des services spéciaux qui a incarné trop de personnalités pour continuer à être elle-même. Pire encore, le Lapin rôde.

Délaissant le space-opéra qu’il avait abordé dans Un feu sur l’abime et Au Tréfonds du Ciel,  Vernor Vinge nous livre une petite pépite post-cyberpunk à travers l’histoire de la réinsertion d’un individu du 20ème siècle soigné de la maladie d’Alzheimer. Robert Gu est revenu de sa longue nuit et cerise sur le gateau, retrouve une santé physique exceptionnelle. Point noir au tableau, il a  au passage perdu son talent de poète. Or, un mystérieux individu se propose de l’aider à recouvrer son don, en échange de sa participation à la Cabale des Anciens, laquelle s’oppose à la numérisation destructive de la bibliothèque universitaire de San Diego.

A partir de là, l’auteur développe une vision plausible de la société au milieu du XXIème siècle. S’appuyant sur la Réalité Augmentée, il lui superpose des univers virtuels avec leurs propres us & coutumes en conjurant en parallèle des stratégies collaboratives ad-hoc, temporaire et extrêmement flexibles. L’Environnement Matériel Sécurisé, (sur lequel il est  déjà possible de lire des articles théoriques) est  une couche hardware intégrant à bas niveau les fonctions de sécurisation et d’authentification, et constitue le socle  sur lequel repose tous les échanges. Il autorise la constitution rapide de groupes d’intérêts communs sur le modèle d’intelligence répartie, laquelle se retrouve dans tous les objets du quotidien. Mais le piratage est toujours possible, facilité entre autres par l’information qui circule de manière fluide, et pour ainsi dire, libre.

Le propos est illustré par l’Education, qui met l’accent sur le gagnant-gagnant, le travail collaboratif et les affiliances, tandis que des mèmes1 à caractères divertissants s’approprient le même combat et l’étendent bien au-delà du cadre de la simple querelle des anciens et des nouveaux. L’immersion dans l’univers est facilité par le biais du personnage de Robert Gu, qui vient tout droit de notre époque et doit donc se mettre à jour pour se réinsérer. Il lui faudra ainsi dompter la téléprésence, la messagerie privée, les robots haptiques chargés de retranscrire le sens du toucher pour faciliter l’insertion du virtuel dans le réel, sans oublier les biotechnologies à vocation cognitive.

L’histoire prends place dans un monde très fortement décentralisé, et nous plonge dans un jeu de manipulations/contre-manipulations qui enfonce ses racines à l’échelle planétaire. L’intrigue est rudement bien ficelée de bout en bout, et chaque arc trouve sa conclusion de manière intéressante, ce qui n’était pas simple à tenir vu leur nombre. Narré sur un rythme qui va crescendo, le récit ne souffre d’aucun temps mort, et propose en sus une vision plausible de l’avenir.

Vernor Vinge nous propose ici un univers crédible à tous les étages, très fouillé, et un rien complexe avec sa richesse extraordinaire, le plus beau étant sans doute qu’il se garde bien de tirer toutes ses cartouches, et laisse en suspend bien d’autres questions. C’est en tout cas tout le mal qu’on peut lui souhaiter, ainsi qu’à la vénérable collection Ailleurs & Demain, qui décidément sait se parer d’auteurs aussi efficaces que prestigieux.

Appréciation : ★★★★½

  1. Un mème (de l’anglais meme ainsi que du français même) est un élément culturel reconnaissable (par exemple : un concept, une habitude, une information, un phénomène, une attitude, etc.), répliqué et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus, CF wikipedia

Vision Aveugle – Peter Watts

(Blindsight – 2006) de Peter WATTS aux éditions Fleuve Noir, collection Science-Fiction

La Terre a été prise « en photo » depuis l’espace. Les mystérieux visiteurs sont-ils sur cet artefact découvert dans notre système solaire ? Le vaisseau Thésée part en mission. À son bord, cinq membres d’équipage recrutés avec soin : une linguiste aux personnalités multiples, un biologiste qui s’interface aux machines, une militaire pacifiste et un observateur, Siri Keeton, capable de déchiffrer à la perfection le langage corporel de ses interlocuteurs. Leur commandant est lui aussi bien étrange : c’est un homo vampiris, autrement dit, un vampire aux facultés intellectuelles remarquables. Pourtant, malgré leurs aptitudes exceptionnelles, rien ne peut les préparer à ce qu’ils vont découvrir lors de ce voyage terrifiant…

Blindsight est un récit de Premier contact avec un Extra-Terrestre radicalement autre. Il met en scène 5 post-humains envoyés à bord du Thésée pour tenter d’établir une liaison avec l’entité qui se cache quelque part au-delà du Nuage d’Oort. L’approche du Thésée et les tentatives de contact sont l’occasion de voir à l’oeuvre 4 post-humain en environnement clos, sous l’oeil impartial de Siri Keeton, observateur de son état.

Les émissaires doivent déployer diverses stratégies pour initier la communication, ce qui permet à l’auteur de développer son approche du langage, et, peu à peu, d’opérer la nécessaire distinction entre intelligence et conscience dans un cadre darwiniste, à travers le débat qui oppose le biologiste augmenté Isaac Szpindel à la linguiste Susan James, à personnalité multiple.

Il s’agit ici d’un livre de Hard-science, tant dans les thèmes qui traversent la punch-line que par moult détails d’ordre plus matériel : les extra-terrestres bénéficient d’un traitement plausible et détaillé, loin des fureurs chitineuses toutes en griffes et faims avec lesquelles une certaine SF se délecte. L’architecture du Thésée et son mode d’approvisionnement apparaissent comme réalistes, tout comme les principes qui président aux post-humains ou les contraintes du voyage dans l’espace.

Si tous ces aspects confèrent à l’ensemble une texture indéniablement dense et solide, tant en terme de vulgarisation que d’imagination, les personnages sont quant à eux en retrait. A part Siri Keeton, narrateur et observateur, les autres personnalités manquent de caractères et sont finalement assez peu dissociable les unes des autres.

On devine bien qu’il s’agit-là de représentants spécifiques de l’humanité dans son dernier stade d’évolution, mais on ne peut s’empêcher de constater qu’ils n’existent qu’en tant que fonctionnalité, comme si leurs rôles avaient pris le dessus sur toute individualité, réduisant leur épaisseur psychologique à l’analyse du seul regard férocement objectivé de l’observateur.

A cette précision du regard transmis par la narration réponds le flou des aliens : leur motivation comme leurs intentions nous restent inabordable, et le twist final1 évacue la seule étrangeté du Rorschach au profit d’une menace plus immédiate et plus proche.

Pour conclure, Peter Watts nous livre un récit d’une précision chirurgicale par bien des aspects, mais hélas qui pêche avec ses personnages à deux dimensions. On lira aussi avec attention et profit la dernière partie de l’ouvrage, appelée Notes & références, dans laquelle Watts livre de manière assez extensive certaines de ses sources et/ou inspirations. Bref, c’est un premier roman, mais qui augure des choses prometteuses si l’auteur persévère…

Appréciation : ★★★½☆

  1. Un twist final (ou Twist ending) correspond à une fin inattendue dans une œuvre de fiction, le plus souvent un film, qui amène le spectateur à voir l’histoire sous un angle différent et le pousse vers une nouvelle interprétation de l’ensemble, CF Wikipedia